Déborah L. Brand … be original, be unique, be you

Art & Culture Mise en avant article

 

Bonjour Déborah, c’est avec grand plaisir que nous vous rencontrons ce jour. Vous êtes une jeune styliste congolaise âgée de 27 ans, née en France et c’est en 2018 que vous lancez votre propre marque de vêtements sous le nom DEBORAH L . BRAND.

D’où vient cette passion pour la mode ?

Au départ, je me passionnais essentiellement pour le football et je souhaitais devenir agent de footballeurs après le bac. Je côtoyais ce milieu et je suivais un ami footballeur qui vit en Angleterre. Afin de me perfectionner, je m’étais inscrite au sein de l’AMOS SPORT BUSINESS SCHOOL pour me former dans les métiers du management sportif.

C’est en 2013 que la mode a commencé à gagner de l’espace aussi bien dans mon esprit que dans mon agenda. Avec une amie, nous faisions le plein de stocks de tissus à Château rouge pour créer nos propres modèles de tuniques en WAX. Petit à petit et après avoir plusieurs fois habillé des mannequins, j’ai eu le déclic et j’étais convaincue que je devais me lancer dans ce domaine.

Je n’étais pas la seule sur ce créneau bien évidemment. De nombreux stylistes utilisaient le Wax pour proposer des tenues dites « exotiques » aux clients. De ce fait, la concurrence était rude et il me fallût trouver le moyen de me distinguer des autres et me spécialiser. C’est pourquoi je me suis focalisée sur la création des vestes. Pour moi, c’est LA touche finale indispensable pour une tenue.

Quand est-ce que votre marque a finalement vue le jour ?

En 2018.

Avant, mon activité professionnelle était principalement centrée sur des activités de bureau. Puis j’ai décidé de véritablement sauter le pas en lançant ma marque DEBORAH L. BRAND.

Dès le lancement de la marque, plusieurs portes se sont ouvertes, j’ai voyagé et assisté à des fashion weeks. En Afrique du sud par exemple, j’ai rencontré de nombreux créateurs tels que David TLALE et NTANDO. Cette fashion week fût un choc culturel pour moi qui vit en Occident. L’ambiance était superbe, l’ensemble du décor était magnifique, c’était tout un univers créé et qui marquait son unicité par un chant de GOSPEL lors de la présentation de la collection de David TLALE.

Ces instants vécus m’ont permis de percevoir le monde autrement, de porter un regard créatif sur tout ce qui m’entoure. Les formes, les paysages et même les sons deviennent une source d’inspiration infinie.

Qu’est-ce qui se cache derrière les vestes de DEBORAH L. BRAND ?

Dans un premier temps, un message visant à rendre unique la personne qui porte le vêtement.

En effet, chaque blazer est unique aussi bien par le design que par la couleur, la taille et les matières utilisées. D’ailleurs au niveau des matières, je suis sans limites. Je travaille avec du velours, du satin, du jeans, de la maille, du coton, de la toile de jute et bien d’autres matières.

Comme je l’ai dit plus haut, l’inspiration se trouve partout alors je ne me prive pas.

Tout ceci me permet de diversifier les profils de mes consommateurs, de garantir que deux personnes ne porteront pas le même blazer et surtout de préserver l’originalité que nous recherchons tous aujourd’hui plus qu’hier.

Mes trois mots d’ordre sont : be original, be unique, be you. C’est pour ça que je travaille.

Quelle place tiennent les collaborations dans votre activité ?

Je suis ouverte pour les collaborations car on doit toujours commencer quelque part seul ou avec les autres. A mes débuts, certains m’ont tendu la main et aujourd’hui, je me dois de faire pareil. Je collabore avec des personnes connues ou non car, en ce qui me concerne, le nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux, bien qu’il soit important, ne représente pas la compétence d’une personne.

Il faut aussi savoir que malgré mes nombreux déplacements à l’étranger, mon portefeuille garnit de personnalités de renom et mon atelier basé en France, la femme noire n’est pas souvent sur le devant de la scène.

Si on regarde sur la scène internationale, la référence reste Naomie Campbell et si on se focalise sur la scène française, on peut faire référence à la princesse peule Katoucha Niane, mannequin d’exception aussi bien par sa beauté que son élégance.

Certes, les femmes noires sont de plus en plus exposées mais je trouve que ce n’est pas suffisant. C’est pourquoi, je souhaite aider à booster ce nouvel état d’esprit en donnant cette place importante à la femme noire.

A vrai dire, je me demande si une autre femme noire atteindra le niveau que l’on connaît à Naomie Campbell dans cet univers.

Pouvez-vous nous parler de cette histoire où on vole presque vos créations ?

Cela s’est passé avec une styliste qui vit en Angleterre.

Pour le développement de ma marque, j’avais décidé de partir à Londres pour trouver de nouvelles inspirations, communiquer autrement et éviter de produire et stocker à perte. Quelques jours avant mon arrivée, une styliste m’avait contacté via Instagram car elle organisait un shooting et mes tenues l’intéressaient. J’avais accepté la collaboration et participé au shooting.

Tout c’était très bien passé avec toutes les équipes présentes. Mais il se trouve que lors de la publication des clichés sur les réseaux sociaux notamment Instagram, j’ai été notifié sous un commentaire par une personne qui me connaissait.

Et en allant jeter un coup d’œil, j’ai remarqué que tous les autres partenaires de ce shooting étaient cités sauf moi.

Sans porter de jugement, je me suis dit que c’était une erreur, un oubli. J’ai alors contacté toutes les personnes du shooting et personne ne répondait sauf la photographe à qui j’ai expliqué la situation et qui m’a fait parvenir le lien vers les photos et ajouté mon nom sur les publications.

Pour la styliste organisatrice du shooting, je n’ai pas eu de retour, silence total.

Cette histoire m’a beaucoup marqué car je travaillais sur la base de la confiance et là j’ai compris pourquoi on dit que la confiance n’exclût pas la méfiance.

Pour la styliste organisatrice du shooting, je n’ai pas eu de retour, silence total.

Qu’est-ce qui fait que vous puissiez raconter cette mauvaise expérience ?

Il est important de parler à un moment, de raconter son histoire pour que les autres puissent savoir que ça peut arriver donc il faut être prêt et si possible, ne pas tomber dans les mêmes pièges.

J’ai commencé en bas de l’échelle sans savoir si j’allais réussir et la seule chose qui comptait était que je devais sauter le pas quoi qu’il arrive pour ne pas avoir de regrets. Mon histoire, du moins celle que j’ai partagée n’est pas la seule sur cette terre je pense et je me dis que si je ne m’exprime pas, ces choses continueront à arriver et le respect passera toujours à la trappe.

Lorsque que j’ai vécu ce moment, ma sœur m’a soutenu dès le début et les autres ont suivi après. D’ailleurs merci à tous de m’avoir apporté votre soutien lors de ce combat. Je remercie même les personnes qui ont pensé que je devais laisser tomber car le combat n’en valait pas la chandelle.

C’est aussi grâce à elles que je suis restée déterminée à aller au bout car le respect est une affaire de tous et c’est ce qui permet de pérenniser les relations professionnelles ou non.

Êtes-vous toujours en contact avec la personne et pourquoi pensez-vous qu’elle a agi ainsi ?

Non, plus aucune nouvelle à ce jour. Tout se règle en interne. Je n’aurais jamais les vraies raisons pour expliquer ce comportement mais selon moi, c’est parce que je n’étais pas assez connue et elle a pensé pouvoir me prendre mes idées et s’approprier mon travail sans que je ne me révolte et surtout sans que le public ne réagisse. En somme, elle pensait que cela passerait inaperçu.

Heureusement pour moi, j’avais du monde pour me soutenir et me pousser à ne pas laisser tomber.

Je trouve que c’est dommage d’en arriver là d’autant plus que les collaborations servent aux deux parties. J’ai l’impression que les valeurs se perdent dans ce monde et que le nombre d’abonnés prime sur l’humain.

Quels conseils pour une personne qui entreprend et qui pourrait passer par cette situation ?

Tout d’abord, je dirai que pour donner vie à son projet, il faut croire en soi avant tout et commencer par faire les choses soi-même avant de compter sur les autres. Si ce n’est pas le cas, on tremble au moindre problème.

Pour ma part, la chanson « Même si les océans se déchaînent, je suis tranquille car Dieu est avec moi » m’accompagne sans cesse et me rappelle que je dois rester focalisée sur mes objectifs peu importe les difficultés que je rencontre.

Ensuite, je donnerai plusieurs conseils comme :

  • faire confiance mais aussi rester sur ces gardes,
  • être bien entouré et savoir prendre du recul pour réfléchir avant de prendre une décision,
  • se protéger par des contrats car nous sommes dans un monde de requins,
  • ne pas se freiner, les échecs ou mauvaises expériences sont une leçon,
  • que l’on soit nouveau dans le « game » ou non, il faut savoir imposer ses règles, ne pas s’écraser et savoir faire valoir ses idées,
  • ne pas hésiter à tourner le dos si nos valeurs ne sont pas respectées. Je sais que ce dernier conseil peut s’avérer compliqué à appliquer mais il le faut pourtant par moment.

Malgré cette mauvaise passe, vous avancez et vous avez récemment présentée votre collection lors d’un pop-up store. Comment est-ce que le public vous a accueilli et quels sont vos projets à venir ?

Très bien et je vais commencer par remercier les organisateurs Essimbi Magazine et Bantou Store.

L’événement s’était tenu à Paris en mai 2020. Nous étions quatre créateurs et tout s’est très bien passé, j’étais même surprise par cet engouement pour ma collection.

En ce qui concerne mes projets, je prévois d’organiser un pop-up store au mois de novembre 2020 si cette épidémie et les restrictions gouvernementales nous le permettent.

En parallèle, je prépare actuellement une collection pour l’hiver. Je vais changer toute ma direction artistique et travailler sous un angle moins classique. Je veux être audacieuse et proposer un univers totalement différent de celui qu’on me connaît actuellement.

J’ai aussi pour projet, à long terme, de créer une collection qui s’appellera LA MBOKA COLLECTION. Elle racontera l’histoire des Balubas ( kasaï occidental) qui rencontrent le baskongo. En fait c’est l’histoire de mes parents, mon père est Mukongo et ma mère Muluba et leur rencontre promeut la mixité des cultures. Je trouve que c’est un beau message à véhiculer surtout dans notre contexte actuel.

Je pense savoir que le fondateur de Nike, tout comme Yves Saint Laurent, vous ont beaucoup inspiré, pourquoi ?

” J’avais la sensation aiguë que la vie était courte, plus courte qu’elle ne l’a jamais été, courte comme un jogging matinal, et je voulais que la mienne ait un sens. Qu’elle soit passionnée, créative et importante. Et par-dessus tout … différente.
Je voulais laisser une trace dans ce monde. Je voulais gagner. “
Phil knight page 12

Oui effectivement.

J’ai tout simplement lu le livre qu’un ami m’avait vivement conseillé lorsque je suis partie en Chine en 2018. C’était l’histoire de Phil Knight, le fondateur de Nike et je l’ai lu trois fois toujours avec le même entrain.

A 25 ans, il se cherchait et a fini par se lancer dans la création de chaussures. Il avait une vision et il n’a pas lâché. Il s’est bien entouré et s’est notamment associé à son professeur de course.

Il avait aussi ce coéquipier lui envoyait tout le temps des mots même s’il ne répondait pas. Il a eu de l’audace.

C’est ici que j’ai compris l’importance de bien choisir son équipe et son entourage car ce sont des personnes qui porteront votre vision coûte que coûte. Qui croient en vous et qui vous tireront vers le haut.

Aussi, il faut être ouvert d’esprit, se sentir prêt, ne pas se braquer face aux remarques, tout écouter et prendre ce qui est bon et pertinent.

J’ai commencé en 2013 avec une vision à laquelle je crois toujours et que je souhaite propulser aussi loin que possible sans jamais baisser les bras.

Merci Déborah pour ce récit inspirant, comment faire pour vous contacter ou joindre votre équipe ?

Vous pouvez le faire par e-mail sur : contact@deborahbrand.com

ou encore via instagram sur Deborah L. Brand

Merci Déborah et à bientôt !

Danielle CORSI

Assistante Juridique

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