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GUIDE D’INTERVENTION PSYCHOLOGIQUE

Élaboré initialement dans le cadre de l’amélioration de la prise en charge psychosociale des communautés touchées par la Maladie à virus Ébola (MVE), ce guide est mis à disposition des professionnels dans le contexte pandémique mondial actuel du SARS-Cov2 – aussi connu sous le nom du Covid-19. Il est le fruit d’un important travail d’évaluations des besoins, à la fois des populations touchées par des épidémies de maladies infectieuses et des professionnels de la santé mentale (psychologues, travailleurs sociaux, infirmières, agents psychosociaux, etc.). Ces évaluations nous ont amené à comprendre que la santé mentale des malades et de leurs proches, des familles endeuillées, des communautés touchées, des professionnels de la santé et d’hygiène et de tous ceux qui sont au front des ripostes (dont ceux qui organisent les funérailles dignes et sécuritaires) ne peut plus être reléguée au second plan. En effet, nos travaux de recherche nous ont permis de comprendre que prendre en charge la santé mentale des malades et de leurs familles permet de sauver des vies. Quand dans une CUBE à Béni ou à Mbandaka, un psychologue offre un service de psychothérapie intensive pour répondre à l’anxiété d’un malade du virus Ébola, il lui offre la possibilité non seulement de renforcer sa résilience individuelle et d’améliorer ses capacités de lutter et de s’en sortir (Cénat et al., 2019), mais aussi de créer les conditions d’une résilience collective. Ainsi, quand des intervenants psychosociaux accompagnent les familles à travers l’épreuve de la Maladie à virus Ébola ou du Covid-19, ils leur offrent la possibilité d’avoir les meilleures attitudes préventives et une écoute adaptée au contexte d’incertitude et d’anxiété. Toutefois, les évaluations nous ont permis d’observer que les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI) disposent de peu de psychologues ou d’autres professionnels de la santé mentale. De plus, les cas que rencontrent les rares professionnels de la santé mentale et des agents psychosociaux dépassent souvent ce que peuvent adresser les formations en premiers soins psychologiques reçues (Cénat et al., 2020). Enfin, les situations d’épidémies mettent directement en jeu la sécurité des intervenants et, indirectement, celle de leurs proches, ce qui peut susciter des peurs justifiées, mais aussi des conflits de loyauté entre leur mandat professionnel et leur rôle familial. Ces enjeux doivent être pensés en équipe de façon à ne pas devenir une source de paralysie pour le clinicien. Ce guide pour lequel des modules de formation en ligne seront par la suite créés offre un accompagnement clef en mains aux professionnels de la santé mentale.

Ce guide contient 9 modules dont certains doivent être réalisés sur plusieurs séances. Le premier module offre la possibilité d’une évaluation exhaustive des besoins des personnes prises en charge et plusieurs possibilités aux professionnels de la santé mentale. En annexe, un ensemble d’outils d’évaluation permet aux utilisateurs d’évaluer les problèmes de santé mentale les plus observés dans les situations épidémiques des maladies infectieuses. Les 7 autres modules traitent de psychothérapies et de résilience assistée. Le dernier module traite des soins administrés car travailler en situation épidémique vient avec son lot d’anxiété pour les professionnels de la santé mentale eux-mêmes et il était essentiel d’en prendre compte et de traiter de leur propre bienêtre. Au besoin, ces modules peuvent être répétés et adaptés. A chaque fois, nous offrons plusieurs possibilités aux utilisateurs, selon l’âge des patients et clients, les difficultés présentées, les soutiens sociaux disponibles et leurs besoins particuliers. C’est un guide ancré dans le travail des professionnels de la santé mentale en situation épidémique des maladies infectieuses.

Basé sur des données probantes, ce guide se veut transculturel. Nous nous sommes en effet engagés à l’évaluer également dans divers endroits dans le monde où il sera utilisé afin de continuer à l’améliorer et à l’adapter aux besoins réels des communautés et à leurs spécificités culturelles. Nous encourageons tous ceux et celles qui l’utilisent à prendre contact avec nous pour continuer à l’enrichir, le critiquer et l’améliorer. Nous avons prévu des mesures pouvant leur permettre de faire cet important travail d’évaluation et de validation transculturelle.
Pour finir, nous aimerions adresser nos remerciements à tous les professionnels de la santé (et de la santé mentale) qui ont accepté de répondre à nos entretiens et aux groupes de discussion, ainsi qu’aux administrateurs, aux leaders communautaires, aux orphelins, aux veufs et veuves, aux familles des malades et aux guéris qui ont accepté de partager avec nous leurs expériences nombreuses et riches. Nous aimerions aussi remercier toute l’équipe qui a travaillé sur ce guide au Canada, en République Démocratique du Congo, en France et ailleurs,
spécialement ceux de l’Université d’Ottawa, de l’Université de Kinshasa, de l’Université de Lubumbashi, de McGill University et de l’Université de Bourgogne Franche-Comté.

COLLABORATEURS
Jude Mary Cénat, Ph.D., Université d’Ottawa
Sara-Emilie McIntee, B.A., Université d’Ottawa
Pari-Gole Noorishad, B.A., Université d’Ottawa
Cécile Rousseau, MD, M.Sc., McGill University
Jean-Pierre Birangui,Ph.D., Université de Lubumbashi
Daniel Derivois, Ph.D., Université de Bourgogne Franche-Comté
Oléa Balayulu, M.Sc.,Université de Bourgogne Franche-Comté et Université Kinshasa
Jacqueline Bukaka, Ph.D., Université de Kinshasa